mardi 17 février 2026

 

L'Enveloppe rouge

A la lisière d'un festival, ici et lointain
Sous la crinière d'un singulier cheval
Fait de brodequins et de bandelettes de fer,
Je te vois assise sous le lampion solitaire
En aval du compact canal de têtes,
Rivière éphémère de rires et de chants
Qui serpente avec fatigue et fanfares
Dans les rues trempées de sueurs festives et hilares.

On s'est vu mille fois et jamais
Et ce jour n'étais pas moins ordinaire
Quant à la faveur d'un incroyablement long billet
Tu m'offrais pour presque rien et sans équivoque
La ferveur de tes feux longtemps éteints.
Avions-nous trop bu l'autre sans vin ?
Etions-nous ivre pour ainsi se perdre dans l'un
Alors qu'à deux nous n'avions pour ainsi dire
Jamais accosté à nos ports respectifs pourtant enclins ?

Quittant l'ombre du jardin en surplomb
Je descendais vers toi, serrant ma poitrine
Et battant mes pas au rythme du son
Du carnaval lunaire s'accélérant.
Tes cheveux impeccables balayés par les vents
De la nuit tombée pour couvrir dorénavant
Ce qui allait devenir notre étrange première fable.
Dans mes mains je tenais, le cœur un peu tremblant
Le prix symbolique de ta venue affable.

La promesse ténue d'être à la hauteur de ton héritage
Auquel je me sentais tenu de concéder,
Comme un ténor tient son ton mourant vers le balconnage
Il me semblait alors bien sage de te laisser rêver.
Me prêter la fortune dont tu me savais totalement dénué.
Les marées d'or et de satin auxquelles tu aspirais
N'avaient jamais atteint les rives de mon intérêt.
Et je rejetais la pensée que nous avions commercés
Les scintillantes facettes de notre première saison.


A l'arrêt, devant toi je tendais ce billet rouge.
Au simple sourire que tu peignais sans lever le regard
Sonna le passage de notre train fantasque sur une drôle de gare.
Je venais d'imaginer par la fenêtre le fantôme de ma rage.
Rouge vira au blanc, il n'y avait dedans nulle monnaie,
Ni billet foisonnants.
Que les mots imparfaits, d'imparfaits élans.
La matrice d'un cœur codé, couchée au levant,
Comme un bouquet de roses qui se fanent en fleurissant.
C'était le don de tout ce que je possédais,
Et le seul vin qui n'aurait pour toi aucun palais.

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