vendredi 20 février 2026

Comment avons-nous pu ?


Regarder les oiseaux mourir dans les nappes de goudrons,
Raser la majorité des forêts indispensables à notre survie,
Eriger des tours de métal grinçants et de gris goudrons
Cachant le soleil et étendant leur ombre durant la nuit,
Courir après le métro pour les rendre plus riches
Tous les matins de notre absconse et foutue vie,
Rentrer le soir s'effondrer devant une TV qui niche
Les plus absurdes mensonges dont nous étions épris,
Et s'endormir dessus, en rêvant que tout va bien. Tout est bien.

Notre conscience et notre humanité sont sauves, grâce aux backchichs
Que nous acceptons. Une brosse à dent électrique, un verre de Picon,
Le dernier HailPhone, un tuto Uteub pour faire cuire les pois chiches,
C'est vraiment une époque formidable. Il me reste de l'argent pour demain,
Je me sens si bien. La vie est une eau-beine. Pourquoi ce cri soudain ?

Non non non, je n'entend rien, je ne vois rien, je ne sais rien,

Il n'y a rien qui puisse me détourner de mon bonheur à crédit,
Je suis la somme de mes efforts, des putains de suées que j'ai sacrifiées
Car on m'a dit que si je travaillais pour eux, je serais maître de mon destin.
Je veux y croire, c'est Dieu, le Pire Noël, Harry Fucker, ou les OVNIS,
Je veux savoir, c'est Science Heavy, Adolf Musk, Star Mars, Télé-Matin.
Je veux être citoyen, je vote à droite, je vote à gauche, je sais pas vraiment,
Mais c'est pas grave, car la politique est rendue opaque depuis bien longtemps.
J'ai une excuse, je n'ai pas le temps.
Il faut que je travaille, il faut que je ramène de l'argent.

J'ai un crédit sur le dos, en fait j'en ai 3. Plus personne peut se payer
Une bagnole, un téléphone ou un voyage sans passer par là.
C'est pas comme si c'était ma faute, j'ai pris la place qu'on m'a faite.
Et pour ça je suis si reconnaissant. J'arrive à sourire quatre ou cinq fois par an,
Les dents jaunies par le tabac, mais demain j'arrête
Promis, mais pour tenir je me met à boire, c'est moins cher et plus marrant,
Et puis faut voir les amis que je me suis fait, ils sont tous comme moi.
Paumés, heureux sans savoir pourquoi, et personne ne suit de thérapie,
Franchement ça sert à quoi ? Et puis j'ai pas les ronds déconne pas.
Internet est branché, mon cerveau est posé à côté.
Je sais pas ce qui est le mieux, mais quelqu'un à choisi
Alors ça me va, la vie est un train que je suis, histoire de pas
Etre transformé en bouillie sur les rails où j'aperçois les miens.

Ce matin j'ai détruit mon réveil pour l'arrêter, mais c'est pas moi
C'est la rage qui vient de mon productivisme qui me rapporte rien.
Je vois pas pourquoi je serais en colère, j'en rachèterai un demain.
C'est pas moi, c'est rien, il était vieux et pas connecté.
Le prochain que je prend je pourrais lui parler et il répondra
Que je n'ai plus que seize euros pour les fêtes de fin d'années,
J'amènerai mes gosses sur google et leur offrirait des vidéos de chats.
Tout est normal, même le thon en boite qui est mort empoisonné,
Ca goûte plutôt bon, le plomb, le gazoil, et les morceaux broyés,
Avec une goutte de mayonnaise, j'oublie mes problèmes de foie,
La mutuelle rembourse pas, je suis pas abonné à Canal Bolloré,
Mais si je fais dix mille pas par jour, l'horoscope me prédit l'immortalité.

Ce soir j'ai arrêté de scroller, ça parlait trop d'Epstein, de l'ICE
Des enfants kidnappés et torturés. J'ai vu ça depuis que j'étais petit
Dans les dessins animés. C'est pas nouveau, fait pas ton gaucho,
C'est les conspirationnistes qui racontent ça, soit pas inique
Ca n'existe pas les politiques corrompus. Ils sont classes,
C'est l'élite, heureusement qu'ils sont là, moi je crois aux démentis
Parce qu'ils viennent de l'IA et c'est plus intelligent que nos egos
Qui se drapent d'ignorance et du sentiment fatidique
Que plus rien n'est à l'endroit. Même l'univers on nique sa race,
Tu vas voir, les pédés, les fleurs, les nègres, les meufs et les plus petits,
On va les transformer en chair à pâté Henaf avec Nestlé pour logo
Et si tu le sais pas, on les bouffe déjà, y'a rien de plus satyrique.
Je m'en bat les couilles tant que chaque matin j'ai la trique.

C'est notre loi, c'est notre droit, c'est notre raison d'haitre.
On se sent vivant quelques années, ça vaut bien de tout détruire,
D'autres vies plus courtes, peut-être les nôtres seront plus oblongues,
Des bites du far west dressées au vent du Sahara ou de nulle part,
C'est comme ça qu'on s'accapare, qu'on colonise, qu'on séparaitre
Les droits de l''homme à ceux de la femme, et puis d'en rire,
Les blagues racistes des comiques du RN
Qui battent les pavés avec un brassard qu'on dit identitaire,
C'est pas vraiment nazi, alors arrête de brailler. Vas-tu te taire ?
C'est pas vrai que nos présidents violent des enfants dans tout l'empire,
On serait pas si apathiques dans notre âme pour les laisser faire,
Ce serait sans doute l'aveu qu'individuellement on est pire,
De les regarder tout en mâchonnant notre burger génocidaire.

Comment aurait-on pu ?
Assister à tout ça sans lever
Le moindre doigt
Sans doute coincé dans nos culs
Trop occupés à résister
A la réalité qu'on inflige à Toi
A elle, a lui, tous les autres battus.
Les cadavres, les opprimés
Les charniers fumants à Gaza,
Les montagnes hallucinés à perte de vue,
Les montagnes russes bombardées
De notre empathie qu'on emputa.

Comment avons-nous pu ?
Être partisan d'un tel désastre immédiat,
Qui dure depuis aussi longtemps que mémoire s'écrit,
Et qui éclate comme une grenade dans la rue
En pleine manif sociale pour défendre nos droits.
C'est le choix qu'on s'est interdit,
Celui d'être égaux et responsables, simplement vendu
Au plus offrant et haïssable des avocats
Qui disent nous protéger à petit prix.
Si le diable existe, il a sans doute fini caissier au super U,
Y'a pas de sot métier, mais le sien on l'exerce comme un roi
Qui trône sur son propre cadavre prêt d'être équarri.
Ce soir, on va bien souper. Puis, rideaux ! C'est fini.

Comment avons-nous pu ?

mardi 17 février 2026

 

L'Enveloppe rouge

A la lisière d'un festival, ici et lointain
Sous la crinière d'un singulier cheval
Fait de brodequins et de bandelettes de fer,
Je te vois assise sous le lampion solitaire
En aval du compact canal de têtes,
Rivière éphémère de rires et de chants
Qui serpente avec fatigue et fanfares
Dans les rues trempées de sueurs festives et hilares.

On s'est vu mille fois et jamais
Et ce jour n'étais pas moins ordinaire
Quant à la faveur d'un incroyablement long billet
Tu m'offrais pour presque rien et sans équivoque
La ferveur de tes feux longtemps éteints.
Avions-nous trop bu l'autre sans vin ?
Etions-nous ivre pour ainsi se perdre dans l'un
Alors qu'à deux nous n'avions pour ainsi dire
Jamais accosté à nos ports respectifs pourtant enclins ?

Quittant l'ombre du jardin en surplomb
Je descendais vers toi, serrant ma poitrine
Et battant mes pas au rythme du son
Du carnaval lunaire s'accélérant.
Tes cheveux impeccables balayés par les vents
De la nuit tombée pour couvrir dorénavant
Ce qui allait devenir notre étrange première fable.
Dans mes mains je tenais, le cœur un peu tremblant
Le prix symbolique de ta venue affable.

La promesse ténue d'être à la hauteur de ton héritage
Auquel je me sentais tenu de concéder,
Comme un ténor tient son ton mourant vers le balconnage
Il me semblait alors bien sage de te laisser rêver.
Me prêter la fortune dont tu me savais totalement dénué.
Les marées d'or et de satin auxquelles tu aspirais
N'avaient jamais atteint les rives de mon intérêt.
Et je rejetais la pensée que nous avions commercés
Les scintillantes facettes de notre première saison.


A l'arrêt, devant toi je tendais ce billet rouge.
Au simple sourire que tu peignais sans lever le regard
Sonna le passage de notre train fantasque sur une drôle de gare.
Je venais d'imaginer par la fenêtre le fantôme de ma rage.
Rouge vira au blanc, il n'y avait dedans nulle monnaie,
Ni billet foisonnants.
Que les mots imparfaits, d'imparfaits élans.
La matrice d'un cœur codé, couchée au levant,
Comme un bouquet de roses qui se fanent en fleurissant.
C'était le don de tout ce que je possédais,
Et le seul vin qui n'aurait pour toi aucun palais.

lundi 7 février 2022

L'enfant de putain

 Il y avait des mystères qui m'échappaient, et ils étaient innombrables.
Je devais admettre que cette fois, les brumes septentrionales de mon esprit me laissèrent perplexe. Par quel subterfuge m'étais-je myself convaincu-je de prendre la route jusqu'au petit matin, avant de m'arrêter en bord de mer, devant la jetée du petit port d'un village côtier ? Mais surtout, après un café un peu serré et qui m'avait précipité dans les toilettes bien propres du bistrot de l'embarcadère en urgence; d'avoir fumé une demie cigarette avant de m'en débarrasser négligemment en direction des mouettes mécontentes, et pour finalement me rendre d'un pas bien décidé à la capitainerie pour faire une balade en bateau ?
Le sort en fût jeté, quand le bourru et blasé hôte de mer me refourgua une barque à moteur, surnommée à raison Last Resort, et qui était en effet ce matin-là, le dernier survivant de la terrible réalité locative.


Ressemblant à une bouée kaki format XL et dotée de son petit cubi à hélice en poupe, je disposais très commodément d'une paire de rames faites d'une sorte de plastique jaune, mais un peu lourdes à mon goût. Je n'avais jamais pratiqué l'aviron, et je décidais que ce n'était pas vraiment le jour pour me mettre au sport de manière intensive. Je dois confesser que ma décision tenait surtout à mon incapacité à les caler dans les bagues situées de chaque côtés de la barquette, sensées les maintenir en place. 
N'ayant pas très envie de me mesurer au moteur directement, j'optais donc pour jouer les pocahontas et, saisissant une pagaie des deux mains, agenouillé au milieu de mon navire, je me propulsais à l'indienne, tant bien que mal.
Un coup à gauche, un coup à droite. Un autre coup à droite, et hop, on retourne à gauche. Le Last Resort n'ayant pas été conçu pour les amérindiens, je me retrouvais à faire de grands mouvements de bassin pour plonger ma cuillère géante dans les eaux sombres du port. Et immanquablement, je me fis un tour de reins au bout de trois minutes de cet exercice. 
Je restais alors immobile, laissant l'embarcation flotter et dériver lentement grâce au maigre élan que je lui avais imprimé, tout en redressant ma colonne et l'étirant du mieux possible pour soulager mon inexistante musculature dorsale.

La lumière du jour faisait naître des myriades de reflets aveuglants sur la crète de chaque vague. Et un balai harmonieux et antique prit vie devant moi. Le feu matinal du soleil constellait le sol marin de milliers d'éclats d'un blanc parfait et douloureux. Comme si un miroir gigantesque s'était brisé en tout petits morceaux, et que chaque écharde avait entamée un tour de montagnes russes, sur des circuits désynchronisés. J'en fût submergé par un sentiment de quiétude parfaite et d'immensité. 
Du moins avant que la nausée naissante ne rendit l'élasticité à mon dos, et que je m'affaissais à demi dans la barquette pour tenter de faire refluer le malaise qui me prit d'assaut.
Il me fallut un moment pour redevenir maître de l'assiette de mon estomac, et je relevais enfin le visage, qui devait être celui d'un mort en sursis cramponné à une bouée indifférente. 

C'est là que je le vit. Un navire à la coque noire et aux voiles toutes aussi sombres filant fièrement droit devant. Ces teintes unies d'obscurité, tatouage blackout pratiquement complet, m'inspirèrent respect et admiration. Je restais là, interdit et coi, à contempler cette lame navigante et fière qui allait passer à quelques mètres de moi. Le nom du bateau, Persian Song, se découvrit alors qu'il fendait avec assurance les vagues, et cela me rappela le nom d'une chanson de La mort peut danser qui portait un blase un peu similaire, et dont l'air se mit à monter spontanément dans mon gosier noué, comme si je me devait d'entamer par devers moi une hymne au passage de cet élégant pourfendeur naval. Bénies soient les abysses que personne n'ai pu l'entendre. 

J'entendis une voix faire voile jusqu'à mes oreilles, et j'aperçu alors cette jeune femme d'une vingtaine d'années, affairée aux cordages du navire. Elle faisait son affaire tout en m'observant d'un air détaché et légèrement froid, comme si elle s'attendait à une réponse de ma part. Son visage, à l'approche de son voilier, devint plus clair et j'admit à l'unanimité d'un conclave intérieur avec moi-même qu'elle était plutôt jolie. Mais me sentant comme une patate dans un champs de poireaux, je me retint de m'essayer à lui lancer un sourire engageant. Je n'avais rien à ce moment précis à engager, d'ailleurs. 
C'est là que mes yeux accrochèrent à la trace de son bateau, qui s'avançait inéluctablement sur moi, provoquant des remous que mon esprit déclara immédiatement comme menaçants. Aussi, mon oreille termina la traduction de ce que la jeune femme m'avait dit quelques instants plus tôt : "Attention!"

Attention ? Foutre-merde, oui ! N'ayant aucune notion de navigation, ni le pied marin, et étant un bien piètre nageur, je fus saisi d'une panique raz-de-marée. Tentant de get my shit together pour sauver les meubles (ou du moins les rames et mon orgueil), je décidais d'allumer le moteur de mon dernier recours pour m'écarter rapidement du sillage qui allait bientôt me heurter. 
Le Persian Song était pile face à moi, et bien qu'à plusieurs mètres, il allait falloir manœuvrer et composer avec cet obstacle filant. Mais en démarrant le moteur, je manquais de tomber à la renverse. La goupille des gaz, un peu vieille, était restée tirée à fond, et ma main lâcha prise. Ma bouée rua, se cabra et fila droit devant, en direction de sa matriarche dans un défi insensé. 
J'entendis brailler la vaillante capitaine, et d'un rapide coup d'œil dans sa direction la vit cramponnée à la rembarde de son navire, le visage crispé. Croyez-moi, il ne pouvait pas être plus crispé que mon dos qui se redressa comme une verge brusquement libérée de tout caleçon. Il était trop tard pour rebarrer mon cap et filer sur le côté ou même couper la propulsion. Mais le soulagement m'écrasa quand je me rendis compte que j'allais passer juste derrière le cul du voilier plutôt que de le heurter. 

Ce qui arriva. En même temps que la pluie d'insultes légèrement leitmotiv au-dessus de ma tête. 
_ "L'enfant de putain ! l'enfant de putain ! ah, mais l'enfant de putain !"
S'il vous plait, laissons les prostiputes où elles sont, et avec tout le respect qui leur est dû.

Puis le Last Resort, secoué par le bouillonnement des remous, et après avoir coupé le sillage du voilier noir, glissa sur la tranche, me projetant par-dessus bouée, avant de se retourner pour de bon. 

Le froid, l'assourdissant bubbling dans mes oreilles, les courants marins dans mon visage crispé, et dont tous les orifices avaient fermés en les claquant les écoutilles. La panique, immédiatement éteinte par :
Le froid. Le silence absolu. L'obscurité complète et l'apesanteur associée à une lourdeur dérangeante. C'était comme se retrouver au centre de soi-même. Cerné par un rien épais et pressant. Oppressant. J'étais une étoile morte au beau milieu d'une galaxie vide. La mienne. Un monde à l'agonie et à la dérive pour l'éternité dans le no man's land d'un univers qui n'avait pas encore existé. 
Le froid fût remplacé par le silence, qui après mon ouïe, gagna mes autres sens. J'étais nimbé de silence, comme on drape un meuble à l'abandon dans une maison abandonnée. Si opaque qu'il m'était difficile de croire qu'il put être percé par quoi que ce soit. Mes doigts et mon nez n'entendaient plus rien. Mon sexe était castré de ses deux oreilles. Les fourmis dans mes orteils s'étaient toutes suspendues à la même seconde, à l'affut, à l'écoute. Mais de quoi ?
Je savais que je devais entendre quelque chose, mais quoi ? L'inondation de mon cerveau ? 
Non.
J'entendis mon dos, tout à fait détendu à présent, être enlacé, presque embrassé, et entraîné. Et l'espace d'une seconde, mon âme m'échappa. 

Ce n'est que bien plus tard, que j'appris que celle qui m'avait tiré des flots et sauvé la vie, était la capitaine d'un navire désormais renommé involontairement L'enfant de putain, après que j'eus involontairement et sans le savoir coupé son macoui, le serpent imaginaire qui porte symboliquement le nom d'un bateau et le garde des infortunes.







dimanche 30 juin 2019

A la saison des cendres

Nous y sommes.
Le jour qu'on a freiné des deux pieds, toi et moi, sans vraiment se l'avouer.
Inéluctable.
Ta tête penchée contre la fenêtre de cette voiture qui t’emmène au loin.
La mienne coulée sur l'oreiller déglingué.
Toi qui t'assoupis peut-être, toi qui songe à moi peut-être, toi qui te demande où tu vas, qui tu vas être.
Moi qui te regarde sourire sur le crépi de mes souvenirs. Qui appelle ta peau contre moi, les poings crispés sur le lit froid.

Nous y sommes.
A cette croisée des routes. A cette croix, cette déroute.
Je tourne le sablier et sait le temps qu'il lui faudra pour s'écouler, tout entier. Il va prendre tout son temps.
Et son sable brûler mes yeux à le fixer, crisser entre mes dents à lui confier, s'infiltrer en moi à ses silences écouter.
Quand tu le fouleras aux pieds, j'espère que le prisme de ton appareil te renverra parfois mon image, à contre-jour.
Parfois à contre-nuit.
Le tourbillon des vents et les marées d'écume, le tumulte du temps et les cigarettes qu'on fume.
Seuls, dans une tempête qui rugit.

Et c'est parce que nous y sommes,
Que tu feras ce que tu dois faire parce que tu dois le faire.
Que tu auras parfois des craintes, et ton cœur, quelques instants s'arrêtera.
Que tes peines seront enlacées à tes plaisirs, et sans doute un peu, tu t'en voudras.
Mais ne t'y trompe pas :
Ce n'est pas le chant du cygne, aucun glas ne sonne.
Et si ton trouble vient à te submerger, il te suffira de t'accrocher à ma main.
Sans turpitude ni retenue.


Voilà, nous y sommes.
Et sans savoir où vraiment nous serons, nous saurons où nous en sommes.
L'hier et l'en-demain, ces dunes devenues alors familières, intemporelles.
Il n'y aura plus à trembler des brumes de nos errances, une fois la saison des cendres délitée.
Comme ces mots que j'ai cent fois retenu dans ma gorge, cette dernière soirée,
A l'apogée de nos étreintes, mes lèvres qui barraient mon cœur sur la falaise de ton oreille.
Ce que je ne pouvais me résoudre à murmurer sans un poème,
Enfin nous y sommes : De te dire combien je t'aime.

lundi 24 juin 2019

Du bout des lèvres

A toi la mariée,
La veuve, la consolante, l'inconsolée.
La défunte, la battante, la butée.
Toi qui traverse les ruines de mes horizons,
Plongée même dans le labyrinthe teuton
Tu trouveras toujours ton chemin.

A toi l'entourée,
La fragile, la géante, la courroucée.
La mélodieuse, la séduisante, l'abandonnée.
Toi dont je n'ose prononcer le nom
Que du bout des lèvres, sinon
Tu pourrais bien disparaître demain.

A toi l'inconnue,
La généreuse, la bienveillante, la ciguë.
La délicieuse, la véhémente, l'incongrue.
Cadavre exquis abandonné aux plages de doutes
Divin mirage échoué dans mes bras en déroute,
Ton sable chaud s'échappe de mes mains.

Et mon cœur expire.
Et mon ventre s'affaisse.
Et mes lèvres soupirent.
A ton souvenir incertain. 

vendredi 24 février 2017

C'est de cela dont il s'agit.
L'excitation qui grimpe dans ton ventre, alors que tu marches vers elle. Un fin filet d'adrénaline qui se met à courir le long de tes veines.
Il n'y a ni paix, ni répit à l'appétit de cet animal étrange qui te ronge les nerfs; quand tu vis ces minutes de préparation, ce temps qui ralenti et qui te torture doucement et tranquillement, délicieusement.
Je le ressens en ce moment même, alors que je plonge dans cette sensation pour te la décrire. Mes doigts tremblent sur le clavier, comme s'ils étaient secoués par le moteur de la machine, comme s'ils se refermaient résolument sur le guidon d'acier et de chromes.
Puis vient le silence. Alors même que tu allumes le moteur et tourne la poignée des gaz. Ton cœur qui s'emballait quelques instants auparavant s’évanouit dans ta poitrine en relâchant l'embrayage. Ton dos se tasse sur la selle.
Le calme t'envahit. Une sereine quiétude berçant chacun de tes sens.
Je ne peux pas t'emmener avec moi. Je ne peux pas te montrer.
Il m'est impossible de te faire ressentir le paradoxe qui s'ensuit : Le souffle glacial de la faucheuse qui frôle ta nuque et s'insinue dans tes poumons à chacune de tes calmes respirations.
La caresse réconfortante du soleil sur ta joue, qui agit comme un phare dans l'obscurité de l’existence.
Et dans tes poings, entre tes cuisses, sous ton sexe et dans tes tripes, le fredonnement du moteur ou son hurlement. Sa puissance tranquille qui t'investit et sa fureur immense qui te terrasse.
On dit qu'on ne peut le comprendre sans l'avoir vécu, sans avoir empoigné le monstre soi-même.
Et cela semble tellement idiot, tellement vain.
Et cela ne saurait être plus vrai.
Après quelques milliers de kilomètres, il n'y a pas une fois où, l'enfourchant, je n'ai pas ressenti cet enchaînement de sensations. Fortes, contraires, soudaines et implacables.
Il n'y a rien qui me fait sentir plus en vie, et qui me rapproche plus de la tombe. Chaque tour de roue est un pari, chaque seconde une lutte à mort.
C'est un mouvement singulier et harmonieux de jouissance, dangereuse car elle engourdit tes sens et te fait oublier que la moindre erreur te jettera au fond d'un abime d'où il n'y a aucun retour.
C'est un feu qui t'alimente et te consume. Et tu n'es qu'une braise filant à travers le sifflement du vent, prête à s'éteindre ou à rougir.
C'est de cela dont il s'agit.

lundi 4 mai 2015

Parfois la vie se fout de ta gueule comme un refrain de chanson mal branlé. Mettant sur ta route quelque chose que tu vas forcément désirer ardemment. Et t'es pas trop con, t'as l'habitude des mandales dans le pif, alors tu tâtes le terrain. Tu mets un pied devant l'autre, comme un guide tropical qui se méfie des sables mouvants.
T'es pas trop con, mais un peu quand même, alors une fois passé les premières vérifications, tu t'élances bêtement, et tu te retrouves le cul dans l'eau.
L'objet de ton désir s'est fait la malle, mec.
Aller, remet la chanson, y'a encore de la route à faire.